Réunion 2011
La Société d'études aristotéliciennes - section de l'Est annonce sa réunion annuelle pour le 6 août prochain à l'Université Laval (DeSève local 1242).
LA MORALE D’ARISTOTE ET LES DROITS HUMAINS (Warren Murray)
Les droits de l’homme tels, par exemple, que formulés dans la Déclaration des Nations unies en 1948, ont pris leur origine, on le sait, dans les principes philosophiques de l’âge des lumières.
Comme ces droits sont quasi universellement acceptés de nos jours (au moins dans leurs grandes lignes), la question vient naturellement à l’esprit d’un aristotélicien de savoir si de tels droits sont compatibles avec les principes de la morale aristotélicienne. Chose certaine, on ne peut pas les trouver tels quels dans les écrits d’Aristote, ni dans ceux de ses principaux disciples au cours des âges.
Mon intention ici est de répondre à cette question et de proposer le suivant : que la morale du Stagirite peut en effet justifier des droits, mais d’une manière et avec un contenu très différents de ce qu’on a avec la philosophie des lumières.
Pour ce faire, j’examinerai le fondement de la morale selon Aristote dans sa conception de la nature humaine, avec une attention particulière à sa conception de la société politique, pour voir la place de tels droits dans le cadre du bien commun et de la loi naturelle. Finalement, je poserai la question des rapports entre droits et devoirs.
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INEXACTITUDE DÉCONCERTANTE DE L'ÉTHIQUE (Yvon Pelletier)
La précision mathématique paraît naturelle partout. Si sympathique, dans la facilité qu’elle confère à l’apprentissage. Pas étonnant qu’on lui ait réservé la racine ‘mathèma’, la faisant patronyme de la connaissance. Face aux choses naturelles, la science expérimentale a institué l’exigence de cette précision en méthode; l’efficacité de la technique nouvelle prétend confirmer la vérité des représentations ainsi obtenues. Plus surprenant, même avertis que le domaine moral ne s’y prête pas, nous l’y attendons quand même inconsciemment. Certes pas comme Spinoza, jusqu’à forcer sur nos considérations la rigueur formelle d’un traité de géométrie. Mais nous cherchons toujours à motiver les actions, à décrire leurs circonstances, à définir les vertus et les vices, à trancher entre le bien et le mal avec plus de clarté et de certitude que leur niveau d’être en offre.
C’est pourquoi on s’étonne, souvent jusqu’à s’en scandaliser, que de très bons moralistes présentent et expliquent les mêmes questions de manières très diverses et incompatibles dans le détail. On veut spontanément trouver qui condamner, ou on boude l’ensemble comme relatif.
Cette allocution signalera quelques exemples particulièrement troublants : la définition et la division des vertus et des circonstances.
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PHILIA DANS ARISTOTE (Stéphanie Grégoire)
Au Chapitre 2 du Livre VIII de l’Éthique à Nicomaque, Aristote définit l’amitié en termes d’un objet et d’un acte de vouloir le bien d’un autre pour lui-même (boulesthai tagatha ekeinou eneka ; in English, wishing goods to someone for his own sake 1155b31).
Il dit que ce type de vouloir du bien, bienveillance (eunoia), diffère du vouloir du bien que quelqu’un peut ressentir envers un objet inanimé tel le vin, lequel vouloir, de fait, vise ultimement le bien propre de l’agent: si un homme veut le bien du vin, par exemple se préoccupe de la température du cellier, ce n’est que de façon à ce qu’il puisse en bénéficier pour lui même.
Ainsi, quand, au début du Chapitre 3, Aristote distingue entre trois espèces d’amitié, on pourrait penser que chacune implique que quelqu’un veuille le bien de son ami pour lui-même de la même façon. Si c’est le cas, la définition, quant à cet élément du moins, est stricte, c’est-à-dire, l’amitié est divisée comme un genre en espèces et eunoia se dit univoquement de toutes les espèces.
Cependant, au Chapitre 5 du Livre IX, Aristote semble dire que vouloir le bien de l’autre pour lui-même n’arrive pas dans les amitiés d’utilité et de plaisir, mais seulement dans l’amitié parfaite. Il contraste aussi souvent ces deux types d’amitié avec la principale en mettant en évidence leur égocentrisme. Elles sont dites être par accident (kata sumbebêkos), de tels amis s’aimant non selon eux-mêmes (kath’ hautous), mais pour autant qu’ils obtiennent quelque chose de l’autre.
Si vouloir le bien de l’ami pour lui-même arrive ainsi seulement dans l’amitié basée sur la vertu, alors la définition de l’amitié est schématique, c’est-à-dire, amitié se divise comme un mot ayant plusieurs sens parce qu’eunoia n’est pas dit univoquement selon chaque signification.
Au cours de cette présentation, je vais examiner des arguments pour les deux positions et expliquer pourquoi je me situe entre les deux. Je pense en effet qu’Aristote maintient que vouloir le bien de l’ami pour lui-même peut arriver dans tous les types d’amitié, mais que cela arrive différemment dans chaque, de sorte que l’élément eunoia n’est pas dit univoquement de toutes les espèces.
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WISDOM AND REASON (Duane Berquist)
If by wisdom we mean the highest perfection of reason, then there should be harmony between what reason is and what wisdom is. Thus when Thomas wants to make known the suitability of distinguishing the knowledge of reason by the order it considers, he recalls what Aristotle says in his encircling of wisdom that it belongs most of all to the wise man to order things. Sapientis est ordinari.
In this paper, we want to make known the harmony of wisdom with what reason is. One way of doing this is to begin with an understanding of what reason is and then showing how this fits together with what we know about wisdom.
A distinct knowledge of what reason is can be had only through the definition of reason. A definition is speech making known distinctly what a thing is.
The best definition of reason that I know is that given by Shakespeare in his exhortation to use reason (which is found in the fourth scene of the fourth act of his play Hamlet). We should recall then this definition, explain its parts, and then show the harmony of what reason is with what we know about wisdom from the fourteen books of Wisdom (the so-called Metaphysics) that have come down to us from Aristotle.
Shakespeare teaches us that reason is the ability for large discourse, looking before and after.
We will consider first each word in this definition and then consider the harmony of this with wisdom as unfolded by Aristotle in his Metaphysics.
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